Douleurs récidivantes : et si la cause était posturale ?
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Une lombalgie qui revient, une cervicalgie qui résiste, une tendinopathie qui réapparaît dès la reprise du sport. Ce n'est pas une impression : dans une cohorte de 250 patients ayant récupéré d'un épisode de lombalgie, 69 % ont rechuté dans l'année[1].
Face à ces récidives, la posturologie propose de regarder plus largement que la zone douloureuse : comment le corps gère son équilibre, et comment ses adaptations peuvent entretenir un problème. Voici ce qu'il faut savoir, en distinguant ce qui est solidement établi de ce qui relève encore de l'hypothèse clinique.
La posture, une régulation avant d'être une attitude
Pour le clinicien, la posture n'est pas « se tenir droit ». Les neurosciences la décrivent comme une habileté sensorimotrice complexe poursuivant deux objectifs : l'orientation (aligner la tête et le tronc par rapport à la gravité, au sol et à l'environnement) et l'équilibre (stabiliser le centre de masse)[2].
Pour y parvenir, le système nerveux combine en permanence des informations vestibulaires, visuelles et somatosensorielles. Il ne leur accorde pas toujours le même poids : il les « repondère » selon le contexte, en privilégiant celles qui sont les plus fiables à un instant donné[3]. C'est une grande force adaptative. C'est aussi pour cela qu'une entrée perturbée peut être compensée, parfois sans bruit, par les autres.
Les entrées du système postural, et ce qu'en dit la science
La posturologie clinique parle de « capteurs ». Tous ne bénéficient pas du même niveau de preuve. Nous avons indiqué, pour chacun, l'état actuel des connaissances.
🌀 L'oreille Interne
Le système vestibulaire, dont les otolithes, renseigne sur la position de la tête par rapport à la gravité et sur les accélérations. Quand les autres informations deviennent moins fiables, il sert de référence principale ; les patients privés de fonction vestibulaire perdent justement cette capacité d'adaptation[3].
👁️ L'oeil et le cou
La vision participe au contrôle postural[2]. Chez les patients cervicalgiques, des troubles de la proprioception cervicale sont associés à des perturbations de l'équilibre et du contrôle des mouvements des yeux et de la tête[6]. Une étude a aussi montré que, chez des lombalgiques chroniques présentant une hétérophorie verticale, une correction prismatique améliorait la stabilité posturale[7]. Le lien de cause à effet avec la douleur reste toutefois à confirmer, comme le soulignent les auteurs eux-mêmes.
💀 La mâchoire et l'occlusion
C'est l'un des sujets les plus débattus. Les revues de la littérature ne retrouvent pas de relation prévisible entre l'occlusion dentaire et la posture, ni de lien entre les douleurs temporomandibulaires et des anomalies occluso-posturales mesurables[8]. Le lien n'est donc pas démontré à ce jour, même si de plus en plus de cas cliniques apportent des hypothèses en ce sens. Une collaboration avec le dentiste reste pertinente devant une plainte de la sphère oro-faciale, mais pas pour « corriger la posture » par l'occlusion.
💪 Les cicatrices, les fascias et la sphère viscérale
Ces pistes font partie du bilan postural tel qu'il est enseigné en posturologie. Elles reposent aujourd'hui surtout sur l'expérience clinique : les études contrôlées montrant leur effet sur la posture ou la douleur sont rares. À explorer, donc, avec prudence et sans conclusions hâtives.
C'est justement là qu'une formation prend tout son sens : connaître le niveau de preuve de chaque piste permet de l'explorer avec méthode, de raisonner sur chaque hypothèse et d'agir avec prudence, plutôt que de l'écarter d'emblée ou de la surinterpréter.
🦶 Le pied
La sole plantaire fonctionne comme une véritable « carte dynamométrique » : une stimulation vibratoire de zones précises du pied induit des inclinaisons posturales orientées[4]. À l'inverse, l'anesthésie de la plante des pieds augmente les oscillations en station debout[5].
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🔬 Posture « anormale » = douleur ? Pas si simple.
Une revue de 41 revues systématiques conclut qu'il n'existe pas de consensus sur un lien de causalité entre les postures du rachis et la lombalgie[9]. Une méta-analyse ne retrouve pas non plus de différence de lordose lombaire entre personnes avec et sans lombalgie ; ce sont surtout la mobilité et la vitesse de mouvement qui diffèrent[10]. Autrement dit, une asymétrie observée n'est pas forcément la cause de la douleur ; mais on ne peut pas non plus affirmer l'inverse. C'est précisément pour cela qu'il faut tester la fonction, pas seulement regarder la forme.
Traiter ou seulement compenser ?
Un traitement local bien mené soulage souvent. Mais quand la douleur revient ou se déplace, il est légitime de se demander si un facteur entretient le problème ailleurs. Une lecture posturale, utilisée avec esprit critique, aide à :
- élargir le raisonnement clinique au-delà de la zone douloureuse ;
- hiérarchiser les hypothèses, en distinguant les entrées dont le rôle est démontré de celles qui restent à vérifier ;
- réévaluer après traitement, pour vérifier ce qui a réellement changé ;
- orienter à bon escient vers un confrère (ORL, orthoptiste, podologue…) quand un test le justifie.
Comment se déroule une analyse posturale ?
L'approche suit un raisonnement structuré, du global vers le ciblé :
- L'observation statique des ceintures occipitale, scapulaire et pelvienne repère les asymétries. Comme on l'a vu, elle ne suffit pas à elle seule à expliquer une douleur.
- L'analyse dynamique (bilan posturodynamique, test des gibbosités, verticale de Barré, test de Zinn, mobilité cervicale) observe le système en mouvement. Ces tests ont été peu étudiés ; certains montrent leurs limites. Par exemple, le test de piétinement de Fukuda ne s'est pas révélé fiable pour dépister une asymétrie vestibulaire chez des patients vertigineux chroniques[11]. Ils s'interprètent donc toujours ensemble, jamais isolément. C'est tout l'intérêt de la formation : apprendre à multiplier les tests et à recouper leurs résultats, pour qu'une conclusion repose sur un faisceau d'arguments plutôt que sur un test isolé.
- Les tests par entrée sensorielle explorent successivement les pistes oculomotrice, podale, myofasciale, occlusale et viscérale.
- La synthèse croise les résultats et la plainte du patient pour décider de la prise en charge.
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Devenir « posturoconscient » au quotidien
Être « posturoconscient », ce n'est pas voir une cause posturale partout. C'est connaître le fonctionnement du contrôle postural, savoir le tester, et garder un regard critique sur ce que chaque test permet réellement de conclure. Devant une douleur qui récidive, la question devient :
« Y a-t-il, dans le système postural de ce patient, un élément qui entretient le problème, et comment puis-je le vérifier ? »
C'est l'objectif de nos deux formations sur ce thème : l'une pour comprendre le système postural et maîtriser ses tests, l'autre pour appliquer ce raisonnement, avec des techniques manuelles, aux douleurs du pied, du genou et de la hanche.
Bibliographie
- da Silva T, Mills K, Brown BT, Pocovi N, de Campos T, Maher C, Hancock MJ. Recurrence of low back pain is common: a prospective inception cohort study. J Physiother. 2019;65(3):159-165. doi:10.1016/j.jphys.2019.04.010
- Horak FB. Postural orientation and equilibrium: what do we need to know about neural control of balance to prevent falls? Age Ageing. 2006;35(Suppl 2):ii7-ii11. doi:10.1093/ageing/afl077
- Peterka RJ. Sensorimotor integration in human postural control. J Neurophysiol. 2002;88(3):1097-1118. doi:10.1152/jn.2002.88.3.1097
- Kavounoudias A, Roll R, Roll JP. The plantar sole is a 'dynamometric map' for human balance control. NeuroReport. 1998;9(14):3247-3252. PMID:9831459
- Meyer PF, Oddsson LIE, De Luca CJ. The role of plantar cutaneous sensation in unperturbed stance. Exp Brain Res. 2004;156(4):505-512.
- Treleaven J. Sensorimotor disturbances in neck disorders affecting postural stability, head and eye movement control. Man Ther. 2008;13(1):2-11. doi:10.1016/j.math.2007.06.003
- Matheron E, Kapoula Z. Vertical heterophoria and postural control in nonspecific chronic low back pain. PLoS ONE. 2011;6(3):e18110. PMC3068140
- Manfredini D, Castroflorio T, Perinetti G, Guarda-Nardini L. Dental occlusion, body posture and temporomandibular disorders: where we are now and where we are heading for. J Oral Rehabil. 2012;39(6):463-471. doi:10.1111/j.1365-2842.2012.02291.x
- Swain CTV, Pan F, Owen PJ, Schmidt H, Belavy DL. No consensus on causality of spine postures or physical exposure and low back pain: a systematic review of systematic reviews. J Biomech. 2020;102:109312. doi:10.1016/j.jbiomech.2019.08.006
- Laird RA, Gilbert J, Kent P, Keating JL. Comparing lumbo-pelvic kinematics in people with and without back pain: a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskelet Disord. 2014;15:229. doi:10.1186/1471-2474-15-229
- Honaker JA, Boismier TE, Shepard NP, Shepard NT. Fukuda stepping test: sensitivity and specificity. J Am Acad Audiol. 2009;20(5):311-314. doi:10.3766/jaaa.20.5.4